Prophetesse Anne

Histoire du chœur et de la nef de l’église de Daillens

Au Moyen Age

L’ancienne tour de défense construite au XIIème s. est devenue le chœur de l’église catholique dédiée à la Vierge Marie. Elle est mentionnée dans une bulle du pape Lucius III en 1182. La paroisse dépend de l’évêché de Lausanne. Les peintures murales datent du début du XIVème siècle. Des travaux importants ont été entrepris peu de temps avant la Réforme : le tabernacle, la première cloche, la sonnerie de cloches, la charpente du clocher et l’élargissement de l’arc triomphal.

Après la Réforme

En 1536, avec la venue des Bernois et de la Réforme, les peintures médiévales ont été recouvertes d’un enduit blanc et le chœur a été abandonné. La nef de l’église est agrandie vers le sud, désaxant par là-même le chœur qui est alors totalement abandonné. Au XVIIIème siècle il servira de mausolée à la famille de Jean-François Paschoud, dernier seigneur de Daillens.

Le temps des restaurations

La première horloge à poids est installée en 1818, nécessitant le percement de la voûte du chœur. L’architecte André de Morges effectue une première restauration en 1892 : nouvelle horloge, nouveaux vitraux, une porte dans la façade sud.

L’éclairage publique arrive en 1897, le transformateur et la distribution du courant sont installés dans le chœur. L’archéologue cantonal, Albert Naef, en visite à Daillens, signale dans son rapport la vue d’étoiles peintes entre les voûtains du chœur, sous le badigeon blanc.

En 1923, nouvelle restauration de la nef par l’architecte Otto Schmid : le mobilier, la chaire, le porche d’entrée sont changés. Le peintre Correvon illustre les semailles et les moissons sur les parois nord et sud ainsi que les 4 évangélistes en couronne au plafond autour du lampadaire central.

Un des deux hauts-reliefs créés par le sculpteur André Tommasini en 1970 en Comblanchien (pierre de Bourgogne).

La troisième restauration de la nef fera disparaître les peintures de la précédente. Elle est l’œuvre de l’architecte Paul Lavenex, dans un style résolument moderne tel qu’on peut la voir aujourd’hui. Un projet de restauration et d’intégration du chœur est alors abandonné, faute de moyens.

 

 

 

 

Un des deux hauts-reliefs créés par le sculpteur André Tommasini en 1970 en Comblanchien (pierre de Bourgogne).

Découverte et projet de restauration

La découverte des peintures médiévales

Une Association pour la restauration du chœur de l’église de Daillens a été créée en 1994.

En 2006, on constate que les revêtements du mur s’effritent et se détachent par plaque sous l’effet de l’humidité. Des traces de peintures apparaissent sous les badigeons. Des traces de couleurs sont visibles sur les ogives, et des étoiles décorent les voûtes.

Avec l’aide des Monuments historiques de l’Etat de Vaud, une action urgente de sauvetage est décidée : assécher les pieds de murs et recoller les différentes couches appliquées contre les parois. Un sondage révéle la présence de peintures médiévales du début du XIVème s.

Sous la direction de l’architecte Ivan Kolecek et de Brigitte Pradervand, historienne de l’Art, un dossier de présentation du projet de restauration est préparé à l’intention des autorités fédérales et cantonales.

Une Fondation pour la Restauration du chœur de l’église de Daillens est créée pour la recherche de moyens financiers. Mandatée par la commune de Daillens, elle est le maître d’œuvre de la restauration. Un comité d’experts dirigé par l’architecte est constitué et sert de guide dans la restauration des peintures et du chœur.

Le projet de restauration

Deux objectifs ont été définis pour le projet de restauration :

  • Sauver et mettre en valeur les peintures médiévales
  • Permettre au visiteur du chœur de trouver un espace propre à la contemplation et à la méditation.

Ensuite, assurer la pérennité des peintures s’est imposé en stabilisant le climat intérieur du chœur et éviter toute remontée d’eau en asséchant les pieds de murs par une ventilation forcée.

Le badigeon de la Réforme a protégé les peintures murales pendant près de cinq siècles, elles sont apparues dans l’état qu’elles avaient avant 1536, après deux siècles d’usage, sans aucune restauration, telles que l’artiste médiéval les avait créées. Cette situation exceptionnelle est la raison pour laquelle les responsables du projet à l’unanimité ont décidé de ne pas les retoucher. Les manques et les cicatrices les plus importants, dérangeants pour une bonne « lecture » des peintures, ont été comblés ou atténués.

Le sol, les portes coupe-feu et le mobilier ont été traités de manière contemporaine et sobre. Un éclairage simple est venu ensuite créer l’atmosphère voulue et mettre en valeur les peintures.

Choeur de l'église de Daillens

Les peintures médiévales

Les peintures médiévales polychromes reposent sur un épais badigeon blanc appliqué sur un enduit de chaux. Elles ont été recouvertes d’un badigeon peu après la Réforme comme partout ailleurs dans le Pays de Vaud. Fort heureusement elles n’ont pas été piquetées lors du badigeonnage de la Réforme, ce qui atteste de travaux sommaires sans volonté d’ornementation ultérieure.

L'annonciation et la présentation de Jésus au temple

Sur la gauche de la paroi orientale, la scène de l’Annonciation : La Vierge Marie, robe rouge fait face à l’Ange Gabriel, robe violette. C’est l’instant de l’arrivée de Gabriel, ses ailes sont encore déployées. L'index de sa main gauche est levé, ce qui indique qu’il parle. Le texte de l’Annonce faite à Marie, aujourd’hui disparu, devait se trouver sur le phylactère qu’il tient dans sa main droite. La Vierge tient le livre des écritures dans sa main droite. Elle est en méditation lorsque surgit Gabriel. Marie lève la main gauche dans un geste de surprise. Entre les deux personnages, un vase contient un bouquet de fleurs de lys, symbole de la pureté de la Vierge. Le tout sur un fond ocre jaune couleur de la lumière divine.

Sur la droite de la paroi la scène est fidèle à la description de l’Évangile de Luc. La tradition voulait que chaque premier-né masculin soit présenté au temple de Jérusalem et offert au Seigneur. Marie porte son enfant dans ses bras. Dans le temple se trouve le vieillard Siméon dit « juste et pieux » à qui une prophétie a annoncé qu’au moment où il verrait le Christ, il le reconnaîtrait et pourrait désormais mourir en paix. C’est ce moment de reconnaissance qui est montré dans cette scène. Les regards de Siméon et de Jésus se croisent au-dessus de l’autel recouvert d’une nappe. Siméon veut saisir l’Enfant, ses mains recouvertes d’un tissu pour ne pas le toucher. A gauche de la scène, la prophétesse Anne assiste à la scène. Son visage montre son grand âge. Elle tient un cierge de sa main gauche et dans sa main droite un panier, qui devait contenir les offrandes habituelles soit un couple de tourterelles.

Les deux scènes sont surmontées d’éléments architecturaux détaillés représentant deux églises. A gauche une église de style oriental vue de l’extérieure avec des vitraux et un soubassement de pierres taillées. A droite un autre temple vu de l’intérieur avec son plafond en bois.

Une tête très effacée, couronnée d’un nimbe crucifère orne le sommet de l’embrasement de la fenêtre axiale.

Au-dessus, tout en haut de la paroi, se trouvait le Christ en gloire, malheureusement très endommagé par le trou créer en 1818 pour faire passer les poids de l’horloge. La mandorle, les plis inférieurs du manteau et le trône se devinent encore.

De part et d’autre de la figure divine, deux anges aux ailes déployées se sont posés délicatement sur le cadre de la représentation. Ils donnent un concert céleste entourés d’un semis de fleurs. Celui de gauche est peu lisible. On distingue son corps et son instrument du type rebec. Celui de droite, bien conservé joue du psaltérion et l’accorde en pinçant la clé dans un geste d’une grande délicatesse, son corps esquisse un mouvement sinueux et sa tête s’incline gracieusement.

Sur les quatre voûtains, quatre anges disposés symétriquement, les pieds dirigés vers la clé de voûte, sonnent les trompettes du jugement dernier. On distingue encore des traces de chevelures blondes, des ailes et des trompettes. Les voûtes sont parsemées d’étoiles à six branches peintes avec une grande précision.

Les peintures décoratives

Les différentes scènes sont séparées par des frises décoratives toutes différentes : des losanges ocre jaune et blanc sur fond rouge, des dents-de-scie jaunes à points rouges sur fond noir ou sur fond blanc. L’ébrasement de la baie est orné de rinceaux stylisés verts et de rosettes rouges.

Les nervures de la croisée d’ogives sont décorées part une alternance de couleurs ocre-jaune et ocre-rouge, un filet noir enserré dans un filet blanc imite précisément les joints des claveaux. Sur les faces latérales, des motifs de feuilles stylisées avec nervures vertes et noires sont peints avec une grande minutie.

Le style du peintre

Les scènes sont placées étonnamment haut dans la paroi. Il faut probablement tenir compte du sur-élèvement de l’autel et de l’éventuelle présence d’un retable sur celui-ci.

Quelques éléments sont traités de manière étonnante : l’architecture approximatives des églises, le débordement des motifs hors cadre, contraste avec la précision et la minutie des rinceaux sur la fenêtre, le drapé des vêtements et la beauté du visage de la prophétesse Anne. Le peintre a donné plus d’importance à certaines scènes qu’à d’autres éléments.

Il s’est attaché à représenter de façon très sensible les personnages importants dans leur attitude et leurs mouvements : les mains de la Vierge et celle de son fils qui s’entrecroisent, les regards de Jésus et de Siméon qui se cherchent, l’échange de gestes entre Gabriel et Marie qui suggère le dialogue, l’ange qui accorde son psaltérion.

On dépasse les stéréotypes et le côté hiératique qui sont courants à cette époque. Le peintre a voulu transmettre le mouvement de l’instant vécu et la qualité des relations entre les différents personnages, la tendresse entre la mère et l’enfant, le respect de Siméon et d’Anne.

L’artiste de Daillens a peut-être été envoyé par un dignitaire ecclésiastique de la cathédrale de Lausanne. Sa grande habileté et sa peinture, qui peut être qualifiée d’exceptionnelle pour la région, laisserait penser qu’il était en relation avec le chapitre qui possédait une partie de la commune de Daillens.

La comparaison des peintures de Daillens avec d’autres décors peints de la même époque montre des similitudes avec les peintures de la chapelle de Chillon, de la colline de la Cité à Lausanne et de Romainmôtier. Elles datent probablement des années 1320.

Extrait de « Eglise de Daillens, Peintures médiévales », chapitre « Le chœur et son décor » par Brigitte Pradervand, historienne de l’Art.

Conduite du projet et Fondation

La Fondation pour la restauration du chœur de l’église de Daillens a été créée en avril 2009, sous la présidence de Christiane Langenberger. Mandatée par la commune de Daillens, propriétaire des lieux, elle est le maître d’ouvrage de ce projet. Elle procède à la recherche des moyens financiers nécessaires à la réalisation de la restauration.

Sont membres de la fondation pour la restauration de l’église de Daillens :

Mesdames

  • Christiane Langenberger, ancienne conseillère aux Etats, présidente
  • Laurence Rohrbach, enseignante arts visuels

Messieurs

  • Gaëtan Cassina, professeur honoraire UNIL, vice-président
  • Jacky Chiovini, ingénieur EPFL, Dr es Sc.
  • André Perrenoud, pasteur
  • Bruno Schmid, architecte EPFZ, ancien syndic de Daillens
  • Jean-Yves Thévoz, syndic de Daillens
  • Charles Matile, retraité Monuments et Sites de l’Etat de Vaud

 La conduite du projet de restauration

La restauration est placée sous la protection et soutenue par la Confédération et le Canton de Vaud.

  • Confédération : commission fédérale des monuments historiques. M. Bernard Zumthor
  • Etat de Vaud : SIPAL, section Monuments et Sites. M. Ulrich Doepper

Sous la direction de l’architecte Ivan Kolecek, une équipe pluridisciplinaire d’experts a été constituée pour guider la fondation dans le projet. En sont membres :

  • Architecte : Ivan Kolecek
  • Conservation-restauration : Eric Favre-Bulle
  • Archéologue : Philippe Jaton
  • Historienne de l’Art : Brigitte Pradervand
  • Physique du bâtiment : Dominique Chuard
  • Ingénieur civil : Jean-François Kälin
  • Expert matériaux pierreux : Fred Girardet
  • Expert en maçonnerie : Roger Simon
  • Expert du bois : Claude Veuillet
  • Expert vitraux, horloges et cloches : Fabienne Hoffmann